Une brève histoire du pisto : The Rave Nutter

Une brève histoire du pisto : The Rave Nutter

C'est le genre de personnage que t'as vu apparaitre petit à petit tous les weekends à la Concrète il y a 2 ans, trainant en bande au fond de la salle, casquette Ralph Lauren sur la trogne, Nike Air aux pattes et chemise autour de la taille. En réalité, le pisto suit un parcours social tout à fait classique : l'émergence de la scène techno parisienne allait forcément être accompagnée de styles et sous cultures différentes. Quand tu regardes le style classique lycéen aujourd'hui, contrairement aux Supergas et pulls American Apparel de notre époque, ils sont tous "habillés" en pisto, sans forcément savoir pourquoi le jean haut, le crop top et la casquette sont autant à la mode.

Le pisto est un art de vivre - et un art de vivre tire toujours ses racines des branches les plus anciennes de la culture à laquelle il se rattache. En l'occurence, le "rave nutter" comme le dit Dr Russel Newcombe dans son dossier "Raving and Dance Drugs: House Music Clubs and Parties in North-West England".

pisto image 1.jpg

Il y a évidemment 2 types de pisto : "l'aficionado", celui dont nous allons parler, et le "suiveur", celui qui adopte le style par ce que c'est cool mais ne suit absolument pas la religion dont nous allons parler (il est souvent en terminale L dans un lycée du 6e, s'est mis à écouter Ben Klock il y a 4 mois et va tout faire pour aller à la prochaine Weather sans que ses parents ne le sachent).

On retrouve les premières traces écrites du "nutter" dans les ouvrages parlant du mouvement euro-hardcore, apparu en Belgique en 1990. Cette branche de la culture Rave a eu une importance primordiale dans la compréhension du mouvement que nous connaissons aujourd'hui : c'est le début de la guerre entre les "hipsters Detroitiens" (comme dit par le journaliste Simon Reynolds) puristes du son, et les "harcore ravers", attirés par le côté abattoir de la teuf (les Djs commençaient à passer leurs sets à 140-150 bpm, l'apparition des cloches et sirènes morbides dans les sons, l'absence de mélodie...etc.).

C'est à partir de ce moment là que la manière de consommer de l'ecstasy dans les soirées se transforma radicalement et les quantités ingurgitées se multiplièrent (en 1990, la police londonienne saisit 5500 kilos d'ecstasy. L'année suivante, on passa à 66000 kilos.).
Cette vague belge qui s'abattit sur l'Europe fut dû en partie, justement, à la baisse en qualité des pilules proposées. En effet, les pilules étaient de plus en plus coupées aux amphétamines - pouvant expliquer le côté bestial des rave euro-hardcore.
 

Mais le sujet le plus important lorsque nous parlons de cette branche de la dance-culture, est justement l'apparition de ce "rave nutter". Lorsqu'on est un jeune anglais ayant vécu le fameux été de 1988-89, il est difficile de s'en détacher. Et lorsqu'on voit apparaitre de nouvelles drogues, un style de musique "ardkore" et une multiplication de l'offre en terme d'événements, on peut facilement se retrouver dans un cercle vicieux.

On retrouve les premiers témoignages des ancêtres des pistos par ce même Simon Reynolds, au Tresor de Berlin puis au Crazy Club de Londres (endroits illustrants parfaitement la nouvelle offre électronique, à savoir les teufs de 48h le weekend): "L'atmosphère sur la piste était à mi-chemin entre un rallye du Front National et un match de foot (...) des gars étroitement collés dansaient comme s'ils boxaient dans le vide; certains plaçaient leurs doigts en forme de pistolet et tiraient au rythme de la musique." Une version plus hardcore du pisto que nous connaissons aujourd'hui - mais il fallait bien que ça commence quelque part.

Mais le nutter-pisto du début des années 90s était justement souvent un survivant du summer of 89, mais converti par la vague euro-hardcore: "le stéréotype du nuttercore, ou encore E-monster existait vraiment: des jeunes la mâchoire creusée, le nez percé et les pupilles massivement dilatées, le T-shirt autour de la taille révélant le corps frêle d'un enfant fraichement sorti du nid familial."

Dans son papier, Dr Russell Newcombe parle de ce "nutter" comme étant une minorité dans la culture rave. Dédiés au massacre cérébral, ces jeunes partaient teufer tous les weekends pour au moins 24-35h, avalant souvent une quinzaine de pilules chacun, et attaquant le début de semaine d'une triste dépression, pouvant seulement être surmontée par l'optique de se la remettre le weekend d'après. C'est d'ailleurs aussi eux qui ont démocratisé le fait de sniffer son taz ! (Le cliché !).

Mais cette piètre analyse de l'histoire du pisto pose une question assez existentielle pour la culture électronique : dans un mouvement où le mot d'ordre est l'acceptation, l'ouverture et l'amour - pourquoi nos chers amis pistos prennent-ils si cher ? Ne devrions-nous pas accueillir à bras ouverts chaque style et manière de penser ? 
Même s'il est vrai que beaucoup de pistos représentent le "downside" de notre culture (trop grande importance donnée à l'apparence, absence de culture musicale, fermeture d'esprit), l'objectif ne devrait-il pas être l'exemplarité ?

La Bringue lance son robot qui parle sur Messenger ! Il s'appelle L2-B2, il est ton guide de sorties électroniques. Disponible partout, tout le temps, il fonctionne comme Siri. Discute avec lui :


INSOMNIA : L'Extravaganza d'Avril

INSOMNIA : L'Extravaganza d'Avril

EN ÉCOUTE : Increase the groove records - From da block ep

EN ÉCOUTE : Increase the groove records - From da block ep

0