"La bringue idéale : celle où les gens pourront se mettre à poil sans qu'on les emmerde"

"La bringue idéale : celle où les gens pourront se mettre à poil sans qu'on les emmerde"

Reno, mother of House Of Moda, mother of Coucou !, mother of Powerpouf et bien d’autres délires du genre, créatures des platines, protéiforme. C'est comme cela que se décrit Renaud Duc, un DJ "pas comme les autres", mais qui a su imposer son style différent sur la scène parisienne. Inscrit dans le mouvement queer, personnes qui ne veulent pas faire partie de ce que la société a créée (identité du genre), Reno essaye de faire progresser ce courant de pensées à travers des soirées dans la capitale.

Qu'est ce qui vous a poussé à devenir dj ?


J’ai pris goût aux sorties assez jeune, mais dans ma campagne, il y avait pas grand chose. Arrivé à Paris, j’ai galéré quelques années avant de trouver une scène qui me correspondait. A l’époque, the place to be c’était le Pulp, c’est là que j’ai rencontré des gens adorables et farfelus (les « the bigger splashes », initiateurs de la Mort Aux Jeunes, et toute la scène queer que le Pulp drainait). J’y ai fait mes armes en tant que clubbeur et de fil en aiguille j’ai commencé à pousser des disques dans des bars comme les Souffleurs et dans quelques soirées copines. Mais j’avais quand même pris des cours de mix sur vinyles quelques années auparavant, je sentais le vent tourner.

 Crédit : Jean-Pol Lejeune

Crédit : Jean-Pol Lejeune

Orienté techno, pourquoi ?

Je me sens pas vraiment orienté techno, même si depuis quelques temps mes mixs sont de plus en plus sombres et lourds de bass. Mais il y a toujours un petit truc qui rappelle mes influences eurodance et pop. J’organise quand même une soirée qui s’appelle Powerpouf haha ! Depuis quelques temps je m’intéresse aussi à un mouvement que les journaleux ont appelé « l’internet wave » ou « vapor wave », ou des crews comme Casual Gabberz, le retour du hardstyle et du gabber. C’est cool ce qui se passe en ce moment à ce niveau là. La techno parce que Berlin aussi, ça fait quelques années que j’y passe mes étés, forcément musicalement ça m’influence pas mal, les dimanches aprem au Berghain tout ça tout ça...


Depuis quand les soirées house of moda existent-elles ? Pourquoi avoir lancé ce type de soirée mensuelle avec un thème à chacune ?

Ca fait 6 ans maintenant et c’est de mieux en mieux. Au début ce n’était pas mensuel ni sur un format à thème. C’est parti d’une envie commune entre Crame, qui est mon binôme, et deux autres amis, de faire bouger un peu les choses, dans le sens où notre délire c’était les looks, les divas, l’envie que les gens fassent de vrais efforts concernant leur attitude et leurs choix vestimentaires. La scène voguing commençait à pointer le bout de son nez dans la nuit parisienne et sans vouloir se réapproprier le truc bien sûr, on voulait retranscrire dans notre soirée quelque chose qui venait de la scène, à savoir les House et leur identité, d’où le nom de la soirée. Pour la première, on avait demandé à des amis et des gens habitués de la nuit à constituer des House pour qu’ils viennent défiler et se défier sur le dancefloor lors de battle. Bon, le truc a pris les 2/3 premières fois et on a laissé tomber, et puis c’est pas facile de trainer des gens un mercredi soir en club. Et puis petit à petit on a décidé d’instaurer des thèmes, pour faciliter les choses, pour donner des idées aux gens, les inciter à se looker.

 

Quel est le public ?

Le public est très varié chez nous, c’est marrant à dire car certains pourrait avoir peur des thèmes et ne pas tenter de franchir la porte, mais on a une politique d’entrée plutôt cool, si on ne faisait rentrer que les gens lookés, on se sentirait un peu seuls. Du coup c’est très mélangé, homo, hétéro, des filles des garçons, des jeunes des vieux, amateurs de musique et drag-queens chamarées se partagent le dancefloor sans anicroches.


Quel message souhaitez vous faire passer à travers celle-ci ? A-t-il été difficile d'introduire ces soirées sur la scène parisienne ?

Oui et non. Comme je l’ai dit plus haut, on faisait nos soirées le mercredi et on n’était pas sur des soirées à thème. Ca a pris quand même pas mal de temps avant que la soirée s’instaure comme une soirée de référence dans le genre, fidéliser le public, pour le faire venir à chaque édition. Mais on travaille aussi beaucoup sur la prog, c’est aussi important pour nous que les thèmes ou les performers qu’on invite pour animer la soirée. Et je ne crois pas connaître d’autres soirées dans le même style, avec une prog pointue, des perfs et un public aussi éclectique.


Vous produisez-vous pour un autre public ?

Oui, Crame et moi sommes djs, on mixe chacun de notre côté pour d’autres soirées, mais on nous invite souvent tous les deux pour représenter la soirée, à Paris et en Province, nous serons à Lausanne le 10 février et à Marseille le 8 avril.


Paris, d'autres scènes de prédilections ?

J’avoue que depuis que je bosse quasi tous les weekends, je ne sors plus. Mais j’aime bien aller au Bal Con quand j’en ai l’occasion, le Péripate, j’aimerais aller à la ByeBye Ocean aussi, à la Kidnapping, à Champ Libre…Je sors beaucoup plus à Berlin, il y a un truc en plus dans chaque soirée qui fait que je m’y sens bien aussi, la musique joue beaucoup, mais le fait de se sentir beaucoup plus libre, moins regardé, ça me détend.

 

 Crédit : Valentin Fabre

Crédit : Valentin Fabre

Que peut-on vous souhaiter par la suite ?

Que ça continue et qu’on rayonne dans le monde entier. Et que tout le monde vienne look à nos prochaines soirées.


Quelle est selon vous la bringue idéale ?

Celle où les gens pourront se mettre à poil sans qu’on les emmerde, où la musique jouera sans s’arrêter, qu’on puisse aller et venir sans devoir repayer 5 balles, où il y aura un resto de pizzas et des frites à volonté, où les backstages seront interdits et où on voit le soleil se lever.

 


La Bringue lance son robot qui parle sur Messenger ! Il s'appelle L2-B2, il est ton guide de sorties électroniques. Disponible partout, tout le temps, il fonctionne comme Siri. Discute avec lui :

Electric : Réouverture en Septembre 2017

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