Il était une bringue: Dominique @ Contrast Rave Line

Il était une bringue: Dominique @ Contrast Rave Line

La scène techno parisienne est en pleine ébullition, avec notamment une recrudescence des soirées en warehouses et autres lieux inexploités. Contrast fait partie de ces nouveaux collectifs pleins d'envie et d'amour pour la techno industrielle. Leur première soirée Requiem, organisée le 9 septembre dans le bâtiment à Saint-Ouen qui accueille la fameuse Cage au sous-sol, a été une grande réussite selon tous les bringueurs qui y étaient. Ils remettaient le couvert ce vendredi 7 octobre en mettant l'accent sur les sonorités rave et acid classiques des années 90. La soirée, sold-out plusieurs jours à l'avance, s'annonçait comme un des rendez-vous immanquables du weekend. On vous raconte !

J'arrive sur les lieux vers 1h30, après avoir suivi le cortège de fêtards naviguant vers les docks depuis la station Front Populaire, dans une ambiance bon enfant. L'entrée est fluide, et est facilitée par l'utilisation de l'application Shotgun pour les billets. À l'intérieur, on découvre la salle principale, les yeux ébahis : l'immense espace possède une hauteur sous plafond imposante, et les jeux de lumières et les lasers de toutes les couleurs nous plongent dans un autre monde. Les visuels trippants projetés sur l'écran (par les VJ Tekyes et Spok, qui ont fait un super taff) s'accordent parfaitement avec la musique. L'effet combiné des visus et du son nous envoie complètement ailleurs, le kiff !

La DJ Mtee passe alors une techno entraînante, qui annonce la couleur pour le reste du line-up, mais le volume sonore n'est pas vraiment assez fort. Ce petit désagrément sera rectifié un peu plus tard dans la soirée, et le soundsystem se mettra à cracher à un volume bien plus satisfaisant. Il y a beaucoup de place pour danser, et malgré le sold-out on ne se sent pas du tout à l'étroit sur le dancefloor. Ce qui est vraiment agréable et assez rare pour être souligné.

Rien à redire sur le reste de l'organisation, que ça soit au niveau du bar, du vestiaire ou des toilettes, tout est au top ! L'espace extérieur qui fait office de chill-out est assez grand, on y trouve même un foodtruck et quelques bancs pour manger sereinement. Je regrette un peu l'absence de décorations pour l'espace chill mais bon, ça reste un endroit cool pour prendre l'air après la chaleur de la grande salle.

La population est assez jeune, et a une certaine tendance à se tourner vers les excès de l'alcool et des autres drogues, mais l'atmosphère générale reste peace et détendue. La sécurité est certes présente, mais ne se montre pas intrusive comme ça peut être le cas dans la plupart des clubs parisiens. Bref, un certain vent de liberté souffle sur ce lieu, l'espace d'une nuit.

l'espace extérieur

l'espace extérieur

C'est au tour de Laurent Ho de prendre place aux platines, la légende de la techno hardcore française (mais qui ne se limite pas à un seul genre puisqu'il a aussi produit des sons plus expérimentaux et IDM, par exemple) envoie une techno brutale et rugueuse, aux sonorités industrielles, pleine de tension relâchée au bon moment. L'influence du hardcore reste palpable, notamment lorsqu'il décide de s'appuyer sur des basses plus violentes. C'est puissant et très bien ficelé. Cependant, c'est surtout pour le DJ qui va suivre que je trépigne d'impatience, une figure mythique de l'acid techno d'outre-Manche : Chris Liberator.

Difficile de retranscrire la magie du set de Chris Liberator par de simples mots, tant la musique de l'anglais est instinctive et entraînante. Formé dans les raves et les soirées dans des squats délabrés, il incarne l'underground londonien avec son label culte Stay Up Forever crée en 1993, qui défend l'acid techno comme une musique de rébellion de la jeunesse désabusée. Son style si caractéristique est un cocktail explosif de lignes acid distordues et catchy, de kicks rapides et de voix parlées, à la fois amusantes et engagées (ma préférée : “What is your special subject? Acid Techno ! Why did you choose that? Because I love fat 303s, fat rigs, fast drugs, fuck you !!”).

Loin de la vision deep de l'IDM et de la techno de Detroit, ce n'est ici ni plus ni moins qu'une musique de rave, sans prétention, sans concession aucune. Ça galope à 140 bpm minimum, ça tabasse, l'effet est enivrant. Je pense que le set de Chris était rempli de classiques de Stay Up Forever, et donc sans grande surprise pour les spécialistes du label, mais sa maîtrise technique impressionnante a réussi, grâce à des cuts incroyables et des breaks énormes, à sublimer des tracks déjà prodigieux tels que “Scum Like Us Like Acid”, “One Night In Hackney” et “Croydon Girl”. Le résultat est d'une énergie et d'un dynamisme imparables. On semble tous comme aspirés par le groove irrésistible, et je n'ai pas pu m'empêcher de danser frénétiquement jusqu'à l'évanouissement complet de tous les sens. Inutile de vous dire qu'on a encore du mal à s'en remettre !

Le belge Jacidorex aka J.Rex a la tache ardue de passer après ce set d'anthologie, mais il s'en sort remarquablement bien, en balançant notamment une techno plus mentale : les boucles acid hypnotiques s'entrelacent à l'infini avant de laisser éclater les kicks dévastateurs. À d'autres moments, il dévie sur de l'acidcore, avec des rythmes plus rapides et agressifs. La soirée est alors un sans-faute ; mais vers 6h30, tout bascule. La sécu fait fermer l'espace extérieur, annonçant la fin de la soirée. Tout le monde se regroupe dans la grande salle, le son est coupé, les lumières se rallument. Les questions fusent. Accident ? Police ? Plaintes de voisinage ? Est-ce vraiment la fin ?

Quelques longues minutes d'incompréhension défilent sous le plafond imposant, avant que les basses ne retentissent de nouveau, plus féroces que jamais. C'est comme une délivrance, le public devient alors absolument fou ! Tout le monde se lâche sur les kicks métalliques délivrés par un soundsystem au volume assez ahurissant. Une ou deux autres coupures de son auront lieu, mais à chaque fois la techno finit par reprendre de plus belle. L'énergie de la foule est contagieuse et ne faiblit pas, chaque track qui passe peut en effet être le dernier. Le duo italien RVDE continue dans la même veine, alternant entre assauts industriels et phases plus mentales, faisant résonner les beats avec une puissance redoublée. La soirée se termine finalement à 8h (au lieu des 10h prévues), avec l'enchaînement d'Emmanuel Top “Acid Phase” et Dax J "Wir Leben Für Die Nacht".


La légère déception de la fin un peu prématurée est présente, mais on ne peut qu'être satisfait de la qualité globale de cette soirée. Que ça soit le lieu, l'orga, les visus ou les prestations des Djs, cet événement a été un succès retentissant à tous les niveaux. Et en ce samedi matin, alors que les fêtards toujours aussi motivés s'éparpillaient dans la rue à la recherche de l'after providentiel, je ne pouvais m'empêcher de sourire en repensant à la soirée de folie dont on a été les témoins. Je ne sais pas encore si on peut parler d'âge d'or des soirées techno à Paname, mais une chose est sûre, cette bringue restera longtemps dans les mémoires. À quand la prochaine ?

Petite playlist de tracks entendues à cette soirée:

On est en pleine campagne de crowdfunding ! Si tu souhaites nous soutenir et choper nos meilleures contreparties, reste branché ici https://www.facebook.com/events/916243855173422/


Souvenir : La Colloc Beach avec Pit Spector

Souvenir : La Colloc Beach avec Pit Spector

#saveourculture : derniers espoirs pour sauver Fabric

#saveourculture : derniers espoirs pour sauver Fabric

0